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Burn-out : la maladie n’est toujours pas reconnue

Mise en ligne 07/10/2019 Actualités Vos droits Emploi Santé et travail

Le burn-out, on en parle beaucoup, mais on ne veut pas le reconnaître ! Pour les autorités, il reste un syndrome, surtout pas une maladie. En revanche, d’autres affections psychiques sont bel et bien reconnues !

Burn-out
Durant quelques heures, on a voulu y croire… L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a semblé le 27 mai 2019, admettre le burn-out, ou épuisement professionnel, parmi les maladies professionnelles. Une véritable avancée ! Cependant, dès le lendemain, l’OMS a mis les choses au point. Le burn-out est lié au travail, mais n’est toujours pas une maladie professionnelle.

Tableau professionnelle
Cela a son importance puisque la France refuse toujours de créer un nouveau tableau de maladie professionnelle consacré au burn-out, au motif notamment que les instances internationales ne le reconnaissent pas comme tel.

10 000 accidents du travail
Pourtant, le burn-out n’est pas une mince affaire. La branche AT-MP admet 10 000 affections psychiques reconnues en accident du travail, pour la seule année 2016. 800 ont été reconnues en maladie professionnelle, en 2017, a souligné la directrice de cette branche, Marine Jeantet, lors d’une conférence de presse en avril 2019. Ces reconnaissances sont le résultat de quelques avancée. A pas lents.

CRRMP
A partir de 2015, pour faire reconnaître sa pathologie psychique en maladie professionnelle, l’assuré a eu le droit de passer par le CRRMP (reconnaissance hors tableau). Mais la maladie doit être essentiellement et directement causée par le travail habituel et entraîner une incapacité permanente d’au moins 25 % (Article L461-1 du code de la Sécurité sociale). Il s’agit d’une légère avancée vers la reconnaissance du burn-out, obtenue avec la loi « relative au dialogue social et à l’emploi » d’août 2015.

Verrouillé
Depuis, la Haute autorité de santé (HAS) a verrouillé la notion de burn-out. En 2017, elle l’a défini comme «  un véritable syndrome qui se traduit par un épuisement physique, émotionnel et mental profond, causé par un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes. Le burn-out peut avoir des conséquences importantes sur la santé et la vie sociale des personnes et requiert une prise en charge médicale adaptée. »

Syndrome
Pour la HAS, il ne s’agit pas d’une maladie en tant que telle. Il relève plus d’un syndrome (ensemble de symptômes). Cette définition restreinte explique en partie le phénomène de sous-déclaration qui touche les personnes atteintes d’épuisement professionnel. La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale considère, en 2017, comme « sérieuse » l’estimation de 100 000 personnes qui en sont victimes (évaluation réalisée par l’Académie de médecine en 2016).

Nouveau tableau ?
Interrogé par notre confrère Santé & travail, le Pr Gérard Lasfargues, directeur général délégué à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), estime légitime la question de savoir si l’on doit créer un nouveau tableau sur les pathologies psychiques liées au travail. Un projet cependant toujours balayé d’un revers de la main par le gouvernement et la ministre du Travail. Et résumé par Marine Jeantet, directrice de la branche AT-MP : « créer un nouveau tableau paraît être une bonne idée, mais les situations sont très variées. Comment le construire ? Ce ne sera pas en faveur des assurés », avait-elle alors prévenu lorsqu’une question sur le burn-out lui a été posée par A part entière, en avril 2019.

D’autres affections psychiques
Si le burn-out n’est toujours pas reconnu en maladie professionnelle -le sera-t-il un jour ?- cela ne signifie pas que les salariés et salariées soient totalement démunies. Les personnes concernées peuvent néanmoins être reconnues en accident du travail ou maladie professionnelle dans le cadre d’un trouble psycho-social qui englobe dépression, trouble anxieux, ou autre état de stress post-traumatique…

Toutes les professions
« Le tableau clinique existe bel et bien, même si le burn-out, ou épuisement professionnel, n’existe pas en tant que tel comme maladie professionnelle», confirme le docteur Fabien Beghelli, psychiatre à Paris. Ce dernier reçoit notamment des salariés atteints par un burn-out et adressés par la médecine du travail ou leur médecin traitant. Toutes les professions peuvent être exposées au burn-out, selon ce psychiatre qui, d’après son expérience, rencontre le plus souvent des personnes avec des responsabilités professionnelles.

Parcours professionnel
« Nous reprenons l’histoire du patient, la façon dont il a investi le travail, son parcours professionnel. Le patient présente nombre de symptômes non spécifiques comme de la fatigue, des troubles du sommeil, une irritabilité, des troubles de l’attention… Mais il les relie à son parcours professionnel. Il peut évoquer des objectifs professionnels non atteints, un entretien qui ne s’est pas bien passé. Il va parler, par exemple, d’angoisses sur le chemin du travail, évoquer des réunions où il a eu les larmes aux yeux. On reconstruit avec lui les mécanismes en œuvre. Le patient décrit comment il a pu se surinvestir dans son travail pour obtenir des résultats. Bien sûr, certains symptômes ont une toute autre origine, il faut les écarter de la notion de burn-out. »

Reconnaissance
Ce psychiatre pense ainsi qu’une reconnaissance en maladie professionnelle aurait un grand intérêt pour les patients qui ont du mal à se reconstruire et à tourner la page. « Ils pourraient en tirer un vrai bénéfice. » En outre, cela pousserait les entreprises les moins sensibilisées à faire de la prévention plus que de la réparation.

PLuton
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