Témoignages

Déboutée de Moruroa

Mise en ligne 31/10/2019 Actualités Vos droits Santé et travail

Florence Bourel 58 ans, ancienne du CEA. Reconnue, puis déboutée pour son cancer de la thyroïde, elle veut plus que jamais voir son exposition aux essais nucléaires admise et indemnisée !

Florence Bourel revient de loin
Quand elle accorde son interview à A part entière, en juillet 2019, elle se remet tout juste d’un infarctus. « Je ressens du dégoût et de la colère parce que je ne suis plus reconnue comme victime, confie-t-elle. On ne prend plus en compte mon état de santé, ni celui de mes enfants, ni celui de mes petits-enfants. Je ne bénéficie plus d’aucun suivi médical spécifique au nucléaire bien qu’à chaque nouveau médecin je raconte mon histoire. »

CEA
Son cancer de la thyroïde a été reconnu par la cour d’appel d’Angers en maladie, hors tableau, en 2012. En 2002, elle découvre qu’elle est atteinte de cette affection qu’elle attribue à son séjour à Moruroa dans le Pacifique, en 1982 et 1983. Elle y a travaillé comme secrétaire au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Cette reconnaissance a finalement été annulée en janvier 2019 après une très longue bataille juridique. La CPAM lui réclame de rembourser les sommes versées depuis tout ce temps.

Thyroïde
Florence Bourel a dû batailler pour se faire reconnaître comme victime. S’appuyant sur la littérature médicale, elle rappelle que l’infarctus fait partie des maladies radio induites. Pour son cancer de la thyroïde, elle a martelé qu’elle s’était rendue sur le site des essais nucléaires dans le Pacifique. Elle a réalisé deux missions là-bas d’une durée de 6 mois et demie. C’est quand elle est rentrée en métropole que ses ennuis de santé ont commencé. « J’ai eu de la tension, j’ai fait des fausses couches et suis rentrée dans une période de stérilité. » En 2002, elle adhère à l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) et parcourt la liste des maladies radio induites. « J’avais énormément de symptômes identiques. Mes enfants et ma petite-fille aussi ! ».

Essais nucléaires
Aujourd’hui, Florence Bourel est en invalidité. Elle est présidente de l’Aven 44 et 85 et référente juridique des Pays-de-la-Loire et au niveau national pour cette association. «  Je me dis que j’ai eu raison de me battre. Au départ, on nous disait que les essais nucléaires étaient propres. Plus j’obtiens d’informations, plus je sens bien que non. » Elle ne regrette pas son séjour à Moruroa. « Maintenant, sachant ce que je sais, je n’y mettrais pas les pieds. Je regrette les maladies que j’ai attrapées et surtout celles que j’ai transmises ! »

Parcours de la combattante
 « Florence Bourel nous a confié, en 2002, son dossier  alors qu’elle venait d’essuyer un avis défavorable d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), se souvient Me Labrunie du cabinet Teissonnière. Nous avons fait valoir que l’avis du CRRMP avait été remis hors délai. » Elle a gagné et obtenu un taux d’IPP de 25 %. La caisse a commencé à verser une rente à Florence Bourel qui a eu la sagesse de ne pas la dépenser, sachant qu’elle avait gagné sur un vice de forme. La cour de Cassation a fini par casser cette décision. Florence Bourel a été renvoyée vers le tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI) de Paris. Son taux d’IPP est tombé à 20 %. Elle a été déboutée.

Etre indemnisée
« Il est vrai qu’il y avait peu de chance d’obtenir un résultat au CRRMP », admet l’avocate. Mais Florence Bourel souhaite ardemment voir son statut de victime reconnu. Elle compte bien déposer un dossier auprès du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen). Lire APE 271. Elle se trouvait bien à l’époque et à l’endroit mentionnés dans le texte de loi qui exclut cependant son cancer de la thyroïde, car elle n’a pas été exposée durant sa croissance. Elle avait 22 ans à l’époque. « Jusqu’en 2017, le Civem rejetait environ 97 % des dossiers. Depuis la loi a été modifiée. Il ne rejette plus, si l’on ose dire, que 60 % des demandes ! Il faudrait désormais modifier les conditions trop drastiques concernant le cancer de la thyroïde et permettre aux proches de voir leurs préjudices indemnisés. »

PLuton
Photo : D.R.

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