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Lubrizol : l’Etat est dans le déni

Mise en ligne 15/10/2019 Actualités Vos droits Santé Santé et travail

« Clairement, il y a eu des intoxications », souligne Annie Thébaud-Mony, interviewée par la Rédaction d’A part entière. Cette sociologue, spécialiste des questions de santé publique, revient de Rouen où elle a rencontré des personnes sinistrées par l’incendie de l’usine Lubrizol, intervenu le 26 septembre dernier. Elle a été suivie par l’équipe d’Envoyé spécial

Futures victimes
Si elle admet que tous ceux qui ont été exposés ne seront pas malades, elle ajoute aussitôt sans détour : « certains le seront et c’est impossible de savoir aujourd’hui sur qui cela va tomber ! » Cette scientifique relève qu’il y a eu des malaises, des personnes qui se sont trouvées mal : « on est bien en présence de polluants très toxiques. Ce n’est pas pour rien que le site est classé Seveso haut ». Selon elle, les autorités ont seulement communiqué sur les grandes classes de produits impliqués, mais pas dans le détail. « Qu’est-ce qui a brûlé ? » Qu’y avait-il exactement, s’interroge-t-elle, parmi les stocks entreposés par Lubrizol dans l’usine d’à coté, Normandie Logistique ?

Amende
Annie Thébaud-Mony rappelle aussi que Lubrizol avait écopé d’une amende de seulement 4 000 euros, en 2014 pour avoir laissé échapper une fumée toxique, en 2013, considérée au début comme inoffensive ! Elle reprend aussi l’information donnée notamment par le Canard enchaîné qui souligne que la loi de simplification de 2018 a permis que soient entreposés plus de produits que par le passé.

Chercheuse
Cette chercheuse honoraire de l’Inserm dénonce également les conditions dans lesquelles l’Etat a encore géré cette pollution environnementale. « C’est ce qui se passe à chaque catastrophe industrielle, la gestion par les pouvoirs publics est là pour protéger l’industriel ou les industriels contre l’intérêt général. » Et de constater que les riverains n’ont que leurs yeux pour pleurer. A minima, insiste-t-elle, il aurait fallu que le gouvernement décontamine, mesure la pollution, élimine la pollution et reprenne des mesures. Avec des mesurages systématiques, répétés, rigoureux ! Il doit également proposer un suivi sanitaire aux populations plutôt que de les renvoyer vers leur médecin traitant.

Déni de l'Etat
Il faudrait revoir complètement le système de prévention, de réparation, mais aussi de sanction. Annie Thébaud-Mony suggère qu’en agissant de la sorte, les pouvoirs publics laissent la population dans le dénuement, avec plus de questions que de réponses. Ils sont « dans le déni », insiste-t-elle, -« sauf peut-être pour les agriculteurs ». Ce qui empêchera les personnes qui déclareront des maladies par la suite, s’il y en a, d’être indemnisées.

Préjudice d'anxiété
La chercheuse rappelle que le préjudice d’anxiété a été ouvert aux salariés pour tout type de toxique par la cour de Cassation le 11 septembre dernier. « C’est un préjudice d’exposition à un produit dont les effets sont différés dans le temps ». Il faut que les salariés s’en emparent. Ce préjudice, devrait, selon elle, s’appliquer aussi aux riverains (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui), anxieux d’avoir subi une catastrophe industrielle, et anxieux devant si peu d’information et de prise en charge. Elle en appelle à une « mobilisations large des riverains et des professionnels, pour exiger que la pollution soit identifiée, qu’il y ait décontamination, et que l’Etat assume la catastrophe et ses conséquences. »

PLuton
© leszekglasner - stock.adobe.com (panache de fumée, sans précision de lieu)
© PLuton

La Fnath réagit à la catastrophe de Lubrizol

>>>Etre défendu par la Fnath

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