Témoignages

Le droit l'a emporté

Mise en ligne 23/12/2015 Temoignages Santé et travail

La justesse de son combat, Paul François n’en doutait pas. Mais cet agriculteur s’est attaqué à l’un des géants de l’agrochimie et ce combat-là c’était David contre Goliath… Le début d’une autre histoire pour ses collègues qui comme lui se sont empoisonnés au travail ?

En 2004, Paul François, exploitant agricole en Charente, inhalait par accident les vapeurs du Lasso (Lire APE 268), un désherbant du groupe Monsanto interdit fin 2007 en France. Il est tombé gravement malade. «  Depuis, je fais un contrôle tous les six mois, témoigne-t-il. Je souffre d’un état de fatigue récurrent qui m’oblige à rester allongé plusieurs jours régulièrement. Surtout, j’ai des lésions au cerveau dont on ignore vers quoi elles pourraient évoluer. Je vis en permanence avec cette épée de Damoclès. »

Condamnation

Cet agriculteur n’a pas baissé les bras, il s’est reconverti en partie dans le bio. En 2009, il a obtenu la reconnaissance de ses troubles en maladie professionnelle par la MSA. Et il vient de faire condamner en appel le géant de la chimie mondiale, Monsanto (lire encadré). La cour d’appel de Lyon a en effet conclu, le 10 septembre dernier, que cette société avait failli à son obligation d'information et de renseignement, omettant particulièrement de signaler les risques liés à l'inhalation de mono chlorobenzène présent dans cet herbicide. Elle l’a reconnue responsable de son préjudice et l’a condamnée à indemniser la victime. Durant toutes ces années, Paul François a senti tout le poids mis par le géant de l’agrochimie dans la balance : « ses moyens sont inépuisables, il n’a eu de cesse de remettre l’intoxication en doute et il vient de se pourvoir en cassation. »

 « J’ai gagné !»

En 2009, le Charentais était parti, battant, convaincu de la justesse de sa cause, mais pas certain du résultat. Il se battait aussi pour permettre à ses collègues agriculteurs de sortir du long silence pesant dans lequel ils sont plongés. Et c’est à un début de frémissement que Paul François assiste aujourd’hui satisfait et rassuré. « Il y a dix ans, on pouvait encore lire : « qui est ce gars qui crache dans la soupe ? » Maintenant c’est différent. Ils voient que j’ai gagné. Des maladies comme le Parkinson sont inscrites dans les tableaux de maladie professionnelle. Comme moi, beaucoup ont utilisé des produits chimiques et se sont aperçu que c’était une fuite en avant. Cela a enrichi des firmes et nous a rendu malades ! » Paul François rejette désormais cet ancien modèle qui mène à une impasse douloureuse et qui stigmatise sa profession que l’on accuse d’avoir pollué les terres. « La profession doit s’emparer de ce sujet avec les institutionnels comme la MSA. Il faut remettre en question ce modèle agricole, même si ce n’est pas simple. On n’est pas des écolos bobos, mais on veut faire de l’agriculture moderne. Notre combat a permis à d’autres victimes de prendre contact avec nous et notre association Phyto-Victimes (1). Il faut ouvrir les yeux : quand on engrangeait encore des bénéfices et qu’il y avait des dommages « collatéraux » on pouvait encore détourner le regard, mais le contexte économique est devenu rude, notre modèle n’est plus viable et, en plus, il nous rend malades. »

 1) contact@phyto-victimes.fr

Beauregard 16700 Bernac

06 74 78 88 27 

Photo : Laura François

 

 

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